Eglise Réformée de Houilles
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Le bonheur encore

lundi 12 juillet 2010, par Françoise Sternberger

Dimanche 11 Juillet - Prédication à l’Église réformée de Saint Germain en Laye.

Après le Totem du bonheur réalisé par les enfants en illustration du récit des Béatitudes (26 Juin), voici une prédication sur le bonheur des disciples du Christ, prédication enrichie par un partage biblique vécu ensemble avec les paroissiens de Boissy Saint Léger le dimanche 4 juillet.

Lectures : Psaume 34, Luc 10, 17 à 22

"Ce qui caractérise la religion judéo-chrétienne c’est la joie. L’annonce du salut est celle d’une grande joie pour tout le peuple- selon l’ange de l’évangile de Luc-, joie qui s’oppose au pessimisme et à la désespérance du paganisme du 1er siècle."

Cette belle phrase est extraite d’un lexique théologique du Nouveau Testament, à la page du mot joie.

Deux grandes idées dans cette belle phrase :

1. la joie est une caractéristique judéo chrétienne.

Cette affirmation sonne comme une évidence pour ce 1er siècle de notre ère. La joie caractérise ce mouvement religieux naissant à l’entour d’un 1er siècle. Est-elle toujours pertinente pour nos contemporains aujourd’hui au 21 ème siècle ? Le christianisme, et spécialement la version protestante, est-il perçu comme une religion joyeuse ?

Surtout : Vivons nous notre foi ou quête de foi comme un évènement heureux de notre vie ?

2ème idée : Ce qui fait la nature de cette joie, ce n’est pas qu’elle soit la non-tristesse, l’anti-thèse du malheur, mais c’est le fait qu’elle s’oppose au manque d’espérance du monde et à un pessimisme latent.

La joie de l’évangile n’est pas l’absence de soucis, peines, tragédies personnelles, tristesse ; la joie évangélique est cette capacité d’entrer dans l’espérance malgré tout. C’est une certaine approche positive de la vie, un oui à la vie contre le pessimisme et la fatalité qui marque ce 1er siècle. Un 1er siècle qui ressemble en cela fort au notre, marqué aussi par cette crise qui nous environne et ce fameux désenchantement du monde.

Dans le texte biblique que nous avons entendu, il y est question de joie, et d’être heureux. On assiste dans ce texte à une sorte de crescendo de la joie évangélique : Jésus déclare ses joyeux disciples heureux

. Heureux êtes vous leur dit Jésus exactement de la même manière qu’il dit heureux les pauvres, les assoiffés de justice, les doux, les miséricordieux dans le récit des béatitudes.

- Mais quelle est donc cette joie évangélique ?

Je voudrais donc reprendre en écho à ce récit de l’évangile de Luc les deux grandes thèses de ce dictionnaire sur la joie évangélique !

- A. Ce récit se déroule en trois temps.

"Ensuite, dit le texte, les 72 reviennent." C’est le temps du retour de mission. Pour la première fois, 72 disciples sont envoyés deux par deux par Jésus dans les villes et les villages où lui-même doit aller. C’est la première fois qu’ils partent ainsi sans lui, en émissaires de la Bonne nouvelle. Et ils rentrent visiblement satisfaits, comblés, tout joyeux de la réussite d’une mission qui s’annonçait particulièrement difficile : "je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups", leur avait annoncé Jésus..

On comprend que les disciples rentrent joyeux de la réussite de leur mission, ils sont joyeux de constater la force de la Parole quand elle est dite au nom de Jésus, une parole victorieuse du mal. Ils se réjouissent de ce signe du royaume de Dieu qui vient.

Mais cette joie devant la réussite de leur mission peut être bien fugace. En un autre temps une autre mission sera plus difficile. C’est tout le problème de la joie si l’on compte sur la réussite pour être heureux. Je serai heureux quand j’aurai réussi... si je réussis, pense-t-on parfois. C’est à une autre joie que Jésus les appelle. Une joie que rien, ni personne ne pourra leur enlever. La joie de savoir leur nom inscrit dans les cieux. "Soyez joyeux parce que Dieu a écrit vos noms dans les cieux". C’est là la certitude d’ être aimé de Dieu éternellement. La joie d’être aimé, de compter pour quelqu’un. Par son seul bon plaisir, Dieu Père et créateur du ciel et de la terre écrit nos noms et nous appelle à la vie, ce que Calvin appelle l’élection gratuite de Dieu. Cela appartient à Dieu seul. Personne ne peut savoir pour un autre s’il est ou non inscrit dans les cieux.

Il nous faut croire sur Parole ce que dit Jésus :" réjouis-toi car ton nom est inscrit dans les cieux". Cette joie est un acte de foi.

- B. 2ème temps du récit : la prière

Ce deuxième temps de notre texte c’est le temps de la prière. Jésus loue, rend grâces au Père, son Père ce même Père qui écrit les noms de ses enfants dans les cieux, il le loue pour sa façon aussi mystérieuse de se faire connaître sur terre, dans ce monde à travers ses apôtres, ses enfants, à ses petits.

"Père Seigneur du ciel et de la terre, je te dis merci. En effet ce que tu as caché aux sages et aux savants tu l’as fait connaître aux petits. " C’est un même mystère : comment et quand sont inscrits nos noms par Dieu et comment et quand le royaume de Dieu qui vient en Jésus Christ nous est révélé. Comment Dieu nous aime et comment cet amour nous est révélé.

Le mystère de la communication de la foi s’oppose au seul savoir raisonnable, échappe à la seule maîtrise du langage. Les petits de l’évangile, sont ici exactement dans l’étymologie : les sans langages, bébés ou simples d’esprit, en opposition aux sages et aux gens sensés, intelligents.

Dieu se révèle à ceux auxquels on ne donne pas la parole, qui n’ont pas la Parole, parce qu’il se révèle au-delà de la parole. La communication du ciel à la terre, de Dieu aux hommes échappe pourrait-on dire aujourd’hui aux réseaux les plus modernes de communication. Ces nombreux réseaux si importants dans notre monde mais qui supposent un accès préalable, une connexion qui n’est pas donnée à tous. En termes modernes, on pourrait dire que la communication de la Foi est autonome, elle n’est pas dépendante, captive d’internet ou des derniers médias, même si tous les médias peuvent parfois permettre de connaître Dieu. Elle reste, demeure privée, de l’ordre de l’intime, de l’intériorité cette communication de l’amour de Dieu...

Le bon plaisir, ce bon vouloir de Dieu, échappe à nos propres vouloirs et savoirs, il est le mystère de la grâce, ce mystère de l’amour de Dieu qui fait toute la joie de Jésus. Mystère d’une grâce d’un Dieu qui ne tient pas compte des apparences ni des belles paroles mais regarde aux cœurs.

- C. 3ème temps

Et c’est le troisième temps de ce passage, le temps de la béatitude. Temps d’un enseignement de Jésus proche du sermon sur la montagne. "Vous êtes heureux de voir ce que vous voyez et entendez" Voir et entendre, c’est la caractéristique du témoin. Les disciples sont les premiers témoins, témoins privilégiés de l’annonce du royaume de Dieu qui s’est approché en Jésus. Des témoins envoyés comme apôtres. Apôtres veut dire envoyés. Apôtres de ce bonheur qui est le bon plaisir de Dieu.

Pour chacun au cœur de nos vies et pour ce monde une bonne parole est à entendre de nos oreilles et à voir de nos yeux. Cette parole au nom de Jésus a le pouvoir de vaincre le mal guérir, réconcilier.

Heureux sommes-nous de voir et entendre cette parole. Peut- être de la bouche d’un témoin, d’un apôtre moderne, d’un chrétien, Heureux sommes nous Car cette parole nous éveille à l’espérance. Heureux sommes nous parce que le ciel de nos vies, l’horizon de notre histoire n’est pas fermé.

Je vous annonce une bonne nouvelle dit l’ange qui sera une grande joie pour tout le peuple ! Ce bonheur nous est donné ; il échappe au pouvoir du malheur de nous faire désespérer de la vie, de nous mêmes et de Dieu ; il est un acte de confiance.

Puissions-nous être d’heureux témoins de la puissance de la Parole de Dieu dans le monde.

Amen

Françoise Sternberger

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