Cette parabole du bon samaritain est un classique, les enfants la connaissent parfois avant même d’être inscrits au catéchisme. C’est une histoire aisément transposable à notre époque. Imaginons que quelqu’un se fasse agresser et soit laissé pour mort ; il suffit de se laisser inspirer par les faits divers... La suite est facile à imaginer également : qui n’a jamais été témoin ou victime d’agression, en plein public, sans que personne ne lève le petit doigt ? Enfin, les secouristes (par exemple) peuvent être assimilés au bon samaritain : ils viennent prendre en charge un blessé, quel qu’il soit, lui portent assistance, le portent à l’hôpital où il sera soigné, quels que soient ses moyens.
S’il est facile de transcrire à notre époque l’histoire que Jésus décrit, il est plutôt difficile de comprendre l’enseignement qu’il a voulu transmettre. Le maître de la loi qui vient questionner Jésus donne deux commandements : aimer Dieu et aimer son prochain. « Mais qui est mon prochain ? » demande-t-il. Aimer Dieu, on voit ce que ça peut représenter. Ca n’est pas tous les jours facile, car on ne comprend pas toujours ce qui arrive dans nos vies. Mais son prochain... Qui est le prochain, mon prochain ?
Qui est notre prochain ? Différentes pistes
Le mot employé en grec est ’plesios’, qui veut dire à la fois proche, voisin, similaire. Mon prochain est d’abord celui qui est près de moi. Au sens physique comme au sens familial ; en français aussi, lorsqu’on parle de ses proches, il s’agit généralement des personnes de sa famille ou des amis chers. Ce mot ne désigne pas des inconnus, des personnes que l’on rencontre pour la première fois.
Dans la parabole du bon samaritain, Jésus rend la parole à l’homme qui l’a interrogé. Il lui demande qui a été le prochain du blessé. L’homme répond que c’est le bon samaritain, « celui qui a été bon pour lui » (verset 37). Souvent, lorsqu’on pense en tant que chrétien à son prochain, on pense d’abord à celui qui est en moins bonne situation que nous : plus démuni, plus pauvre, plus malheureux, plus touché par les épreuves de la vie... Ici, le prochain n’est pas celui qui a été agressé ! Le prochain, celui que Jésus nous demande d’aimer, est celui qui porte secours, celui qui est bon pour les autres. Est-ce insurmontable d’aimer quelqu’un qui a été bon pour nous ?
Finalement, Jésus nous dit de ne pas se fier aux apparences. Ce n’est pas la seule fois : dans la parabole de la veuve (Luc 21, 1-4), qui donne au temple tout ce qu’elle possède, Jésus nous met également en garde contre ce qui se voit (trop) bien. Dans cette histoire de bon samaritain, il ne faut pas oublier que pour un judéen, les samaritains sont des gens impurs, qui ne suivent pas les mêmes règles, n’adorent pas Dieu dans le même temple. Ce ne sont pas des gens fréquentables. Pourtant, c’est cette personne peu fréquentable, avec qui l’on devrait se haïr mutuellement, qui nous porte secours...
Jésus nous place ici devant un dilemme : à qui porter d’abord notre amour ? Qui est le plus proche de moi, mon voisin, celui qui fait partie de ma famille, de mon groupe, de ma communauté ? Ou bien celui qui ne prêtera pas attention à mes apparences pour venir à mon aide, pour m’écouter réellement lorsque j’en aurai besoin ? Qu’est ce qui est le plus facile : aimer ceux qui me sont semblables, ou ceux qui sont bons pour nous ? Jésus ne nous propose-t-il pas d’élargir notre coeur, d’ouvrir nos perspectives à des horizons que nous n’imaginerions pas ?
Mon prochain et Dieu
Revenons maintenant à la première partie du texte. Lorsque Jésus demande à l’homme qui l’interroge, comment il comprend la loi, celui-ci lui répond par deux commandements : « tu dois aimer le Seigneur ton Dieu » et « tu dois aimer ton prochain ».
Ainsi, le texte fait le rapprochement entre Dieu et le prochain. Je pense que ce n’est pas innocent. Parmi tous les commandements de la Torah, ce sont ces deux-là qui sont extraits. Ils parlent tous les deux d’amour. Amour pour Dieu, amour pour l’Homme. Et qu’est Jésus, sinon le lien par définition entre Dieu et les hommes ? Dieu fait homme, abaissé jusqu’à nous pour nous permettre de nous élever.
Le prochain, comme nous l’avons vu en premier point, c’est celui qui est bon pour nous. Qui est bon pour nous, sinon Dieu ? Si l’on suit cette logique, Dieu est notre « premier prochain », celui que l’on doit aimer par dessus tout. Les deux commandements n’en font plus qu’un, et c’est un commandement d’amour...
« Aime Dieu ; aime ton prochain. » Comment ne pas penser également au discours de l’évangile de Matthieu : « tout ce que vous avez fait au plus petit d’entre vos frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25, 41) ? Aimer son prochain, devenir le prochain de quelqu’un, c’est-à-dire celui qui est bon pour les autres, c’est aimer Dieu. Et inversement : celui qui aime Dieu, comment pourrait-il ne pas aimer celui qui est à côté de lui, son frère aux yeux de Dieu ?
Conclusion
Comme on l’a vu, aimer son prochain c’est d’abord aimer ceux qui nous ont fait du bien. Pense-t-on toujours à remercier pour un service rendu, pour une visite qui fait plaisir, pour ce qui se passe bien dans la journée ?
Aimer son prochain, c’est peut-être aussi devenir le prochain des autres. Aider, ne pas se contenter d’être mais devenir le prochain de celui qui est blessé aujourd’hui, qui sera peut-être notre prochain demain...
Aimer son prochain pour aimer Dieu... Ou l’inverse ? A vous de voir !
Armelle
Eglise Réformée de Houilles